(Cet article a initialement paru sur 10000birds.com )
La Tanzanie est sans conteste la destination safari africaine par excellence. Nulle part ailleurs en Afrique les idées préconçues sur le continent ne se concrétisent avec autant de détails : les grands Masaï vêtus de robes rouges gardant leurs maigres troupeaux de bétail, les vastes prairies parsemées d'acacias à cimes plates où paissent des troupeaux de zèbres et de gnous, et les spectaculaires caldeiras volcaniques regorgeant de gros gibier et de redoutables prédateurs !
Le Serengeti tire son nom du mot masaï « serengit », qui signifie « plaines infinies ». Cet écosystème de 31 000 km² s'étend du nord-ouest de la Tanzanie jusqu'au Maasai Mara au Kenya. Il est surtout connu pour la grande migration des gnous, un phénomène qui voit 2 millions de gnous, zèbres, gazelles et élands se déplacer saisonnièrement à travers les plaines et les forêts, suivant un parcours ancestral dicté par les pluies saisonnières. Pendant neuf mois de l'année, cet immense troupeau beuglant traverse le Serengeti, et observer les longues files de gnous grognant à travers les plaines est une expérience véritablement remarquable. La migration est également suivie par de nombreux prédateurs du parc : lions, guépards, léopards, hyènes tachetées, chacals et crocodiles du Nil profitent de cette abondance de protéines, notamment pendant la saison des naissances, où jusqu'à 8 000 gnous naissent chaque jour ! L'une des dernières nouvelles positives est que le gouvernement tanzanien a officiellement décidé d'abandonner le projet de grande autoroute traversant le Serengeti, qui aurait perturbé la migration et causé des dommages environnementaux incalculables.
Paysage typique du Serengeti, avec ses prairies parsemées d'acacias
Environ 1 500 000 gnous bleus traversent l’écosystème du Serengeti lors de leur migration annuelle
On peut passer des jours et des jours dans cette immense et fertile nature sauvage aux proportions épiques sans jamais avoir l'impression d'en avoir atteint les limites !

Le tisserin à queue rousse, aux yeux bleus uniques, constitue un lien ancien entre les tisserins et les moineaux et est également endémique de l'écosystème du Serengeti
Le parc national de Tarangire, situé au sud du Serengeti, est une réserve de 2 850 km² centrée sur la rivière Tarangire. Ce cours d'eau permanent est un véritable refuge pour la faune sauvage, notamment pendant la saison sèche où des milliers d'éléphants et d'autres animaux s'y rassemblent. Les forêts et zones humides parsemées de baobabs abritent plus de 550 espèces d'oiseaux, qui y affluent en grand nombre ! L'entrée du parc est particulièrement remarquable pour l'observation des oiseaux ; en une heure seulement, on peut y recenser une centaine d'espèces ! Parmi les espèces emblématiques du parc, citons l'Étourneau cendré, endémique de Tanzanie, les magnifiques Inséparables à collier jaune, le Synallaxe tacheté (les Synallaxes d'Afrique sont des martinets au corps court, et non des passereaux discrets à longue queue !) et le Timalie pie du Nord. Les zones humides abritent des merveilles telles que le Héron à ventre roux, la majestueuse Cigogne à bec en selle, la Grue couronnée, le Vanneau à longs doigts et, avec un peu de chance, comme ce fut le cas lors de mon dernier voyage, le superbe Guêpier carmin. Les rapaces, diurnes et nocturnes, abondent dans ce parc, des imposants Grands-ducs de Verreaux perchés dans les arbres feuillus le long de la rivière aux Aigles d'Afrique et aux Buses rousses dans les bois. Et bien sûr, la présence de grands animaux est un atout supplémentaire. Les éléphants sont particulièrement nombreux et il n'est pas rare de se retrouver au milieu d'un paisible troupeau familial broutant, une expérience vraiment unique que d'être si près de ces animaux si imposants. Tarangire est également une excellente réserve pour observer les lions, les guépards et les léopards, ces derniers appréciant tout particulièrement de se prélasser sur les larges branches des nombreux kakis du parc.
Paysages typiques des forêts du parc national de Tarangire dominées par les baobabs
Les léopards passent une grande partie de leur journée à se prélasser dans les arbres
Le cratère du Ngorongoro est la plus grande caldeira volcanique intacte au monde, d'une profondeur de 610 mètres et d'une superficie de 260 kilomètres carrés. À l'origine, c'était un volcan gigantesque, d'une hauteur rivalisant peut-être même avec celle du Kilimandjaro, mais il y a 2 à 3 millions d'années, il s'est effondré sur lui-même pour former le magnifique cratère du Ngorongoro que nous connaissons aujourd'hui ! Plusieurs lodges perchés sur le rebord boisé du cratère offrent à leurs hôtes des vues imprenables (et notamment de superbes couchers de soleil) depuis leurs chambres, ainsi qu'un accès privilégié à l'un des plus beaux spectacles animaliers au monde. Environ 25 000 animaux sauvages ont élu domicile dans le cratère, qui abrite également la plus forte densité de grands prédateurs au monde. Une journée typique passée dans le cratère permet d'observer de nombreux éléphants d'Afrique mâles, de véritables géants aux défenses impressionnantes (il est intéressant de noter que les pentes abruptes des parois du cratère découragent les troupeaux familiaux d'éléphants ainsi que de girafes), des milliers de gnous bleus, de zèbres des plaines, de buffles du Cap et de gazelles très faciles à approcher, les rhinocéros noirs d'Afrique de l'Est les plus faciles à observer, ainsi que d'imposants lions à crinière dorée, une quantité impressionnante de hyènes tachetées et des observations régulières de guépards, de léopards et d'autres prédateurs.
Coucher de soleil sur le cratère du Ngorongoro, un spectacle à couper le souffle !
L'observation des oiseaux y est tout aussi remarquable. Les prairies plus ouvertes sont parsemées d'outardes kori, l'oiseau volant le plus lourd du monde. En période de reproduction, les veuves de Jackson jaillissent des hautes herbes dans l'une des parades nuptiales les plus étranges au monde, et les adorables diamants-cailles africains s'observent de préférence lorsqu'ils viennent s'abreuver aux points d'eau. Le magnifique libellule à gorge rose est particulièrement facile à repérer. L'immense lac salé Magadi attire des milliers de flamants roses et nains, ainsi que de nombreux oiseaux aquatiques et limicoles. La forêt de Lerai, dominée par de grands acacias, regorge d'oiseaux. C'est un lieu idéal pour observer les rapaces qui y nichent, notamment le bateleur, l'aigle martial et de nombreuses espèces de vautours. Durant l'hiver boréal, les migrateurs paléarctiques y abondent : la fauvette grisette, le rossignol philomèle, la fauvette olivâtre, pour n'en citer que quelques-uns. Certaines parties des parois et des pentes du cratère sont dominées par des forêts afromontagnardes, offrant un cadre idéal pour l'observation des oiseaux. Les souimangas, en particulier, y prospèrent, parmi lesquels on trouve le Souimanga à ailes dorées, au bec en forme de faucille, mais aussi le Souimanga de Tacazze, le Souimanga bronzé et le Souimanga à double collier. D'autres espèces remarquables méritent également l'attention, comme le Francolin de Hildebrandt, le Touraco de Schalow, au plumage éclatant, le Guêpier à poitrine cannelle et le Loriot.


Le bateleur est l'un des rapaces les plus élégants au monde et on le trouve fréquemment perché dans le cratère du Ngorongoro